Enlever le superflus pour la force du vivant

En ce temps de révolution sanitaire, je me disais que le saut quantique qu’on apprend à faire est un peu pareil à ce qui se passe dans un travail de correction.

Corriger, c’est enlever le trop plein pour mettre en lumière les protagonistes de l’histoire et tout le mouvement qui donne vie au récit.

Corriger, c’est réorganiser les éléments pour que leur articulation donne plus de force à l’écriture.

Corriger, c’est choisir parfois des tournures plus courtes, plus concises pour que le lecteur intègre mieux l’histoire qui se déploie.

Aujourd’hui, Bruxelles ressemble à un village et devient cette ville qui ressemble tous les jours à une journée sans voiture. Je reste confiante que nous pouvons toujours apprendre de nos quotidiens. Le jour-même où on me racontait que des gens s’entretuaient pour du papier toilette, le commerçant du coin m’offrait gratuitement 3 baguettes chaudes qu’il avait mises au four une demi-heure avant son heure de fermeture. Aujourd’hui, je télétravaille avec joie, gagnant ainsi 2 heures par jour pour découvrir en podcast des personnalités qui enrichissent le monde. La fromagère m’a donné hier un morceau de fromage. Sa générosité m’a touchée. Je sais pourtant que la vie n’est pas toujours simple pour elle. Elle est Italienne. Une partie de sa famille vit là-bas. Cela ne doit pas être facile d’être loin de ses proches.

J’ai décidé de continuer à sourire. A me réjouir des étals dans les supermarchés qui continuent à être approvisionnés. Nous avons beaucoup de chance. Ailleurs, il existe des pays sans télétravail, sans espérance, sans rues apaisantes, sans étals de fruits, de légumes et de viande.

Nous avons parlé de la planète qui sonnait le glas; il y a eu des sommets, des lobbies, des marches, des protestations. Et aujourd’hui, en quelques semaines, Venise a retrouvé ses eaux transparentes et l’air de la Chine s’est purifié. L’humain a osé changé de posture : s’arrêter, se transformer, dire oui au changement, à moins de mouvement.

Aujourd’hui, les employeurs ont franchi le pas. Ils ont accepté que leurs employés télétravaillent et ont trouvé des solutions pour les réunir virtuellement plutôt que physiquement. Des travailleurs acceptent de ralentir la course pour vivre mieux et exercer leurs compétences avec talent et enthousiasme. En quelques jours, quelques semaines seulement, nous sommes invités à faire l’expérience d’une nouvelle manière de vivre, de travailler, de consommer. Nous sommes invités à réintroduire entre nous un peu de distance qui faisait partie de cette courtoisie d’antan. 

Et si le confinement était la promesse d’apprendre à vivre moins con et plus finement…

signature